Les données officielles publiées dans l’annexe à la Loi de finances 2026 au Cameroun consacrée aux grands projets d’investissement offrent un éclairage précis sur l’ampleur de cet effort. Au total, 7 579 milliards de FCFA ont été mobilisés pour financer les infrastructures publiques. Les transports absorbent la part la plus importante, avec 3 580 milliards de FCFA engagés, traduisant la priorité accordée aux corridors routiers et logistiques. Le secteur de l’énergie suit avec 2 068 milliards de FCFA, devant l’eau, les technologies de l’information et de la communication, le développement urbain et l’habitat. Si ces investissements ont soutenu l’activité économique, leur financement a modifié l’équilibre des finances publiques. Le service de la dette extérieure est passé de 293 milliards de FCFA en 2020 à 824 milliards en 2024.
Sur l’ensemble de la période récente, environ 2 600 milliards de FCFA ont été consacrés au remboursement du principal et des intérêts de la dette extérieure. Ce niveau de décaissement pèse directement sur le budget de l’État et réduit les marges de manœuvre disponibles pour d’autres politiques publiques. La structure du portefeuille de dette illustre cette évolution. Les créanciers bilatéraux hors Club de Paris représentent désormais la principale source de remboursement, devant les bailleurs multilatéraux et les pays du Club de Paris. Les créanciers commerciaux occupent également une place croissante. Cette recomposition a contribué à un durcissement progressif des conditions de financement. L’un des changements majeurs réside dans l’évolution du coût de la dette. Entre 2010 et 2020, le taux d’intérêt moyen pondéré est passé de 1,03 % à 3,58 %, selon les données officielles.
Cette hausse a modifié la dynamique d’endettement, en accentuant l’écart entre le coût réel du financement et le rythme de croissance économique. Dans ce contexte, la capacité de l’économie à absorber la dette devient plus contrainte, avec un impact direct sur les indicateurs de soutenabilité. À cette hausse du coût, s’ajoute une réduction des maturités. La durée moyenne de remboursement des emprunts extérieurs, qui atteignait 36 ans en 2010, est tombée à 19,5 ans, dix ans plus tard. Cette contraction des échéances accroît les besoins de trésorerie à court et moyen terme et renforce la pression sur la gestion budgétaire. Elle augmente également le risque de refinancement, dans un environnement marqué par des ressources publiques limitées.
Des indicateurs sous tension
La vulnérabilité de la dette est renforcée par l’exposition aux fluctuations des devises. Une part significative des emprunts étant libellée en monnaies étrangères, les variations défavorables du taux de change ont un impact immédiat sur l’encours.
Entre juin 2021 et juin 2022, l’effet du dollar a entraîné une hausse de 420 milliards de FCFA de la dette publique, sans nouvel emprunt additionnel. Cette dynamique renchérit mécaniquement le service de la dette et complique la planification budgétaire. Ces différents facteurs se reflètent dans les indicateurs macroéconomiques. Le ratio de la dette extérieure rapportée au produit intérieur brut est passé de 21,8 % en 2015 à 26 % en 2025. La dette publique totale avoisine désormais 40 % du PIB. Depuis 2017, les évaluations officielles classent le Cameroun parmi les pays exposés à un risque élevé de surendettement, une situation qui appelle à une vigilance accrue dans la gestion des finances publiques.
Le financement des infrastructures s’est appuyé sur des sources diversifiées. Sur les 7 579 milliards de FCFA mobilisés, 3 410 milliards FCFA proviennent des bailleurs multilatéraux, 625 milliards des pays du Club de Paris, 2 621 milliards des créanciers bilatéraux hors Club de Paris et 864 milliards des créanciers commerciaux. Le passage du Cameroun, en 2015, au statut de pays à financement mixte auprès de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement a réduit l’accès aux ressources concessionnelles, au profit de prêts à des conditions plus exigeantes. Dans ce nouveau paysage, la Chine s’est imposée comme le principal créancier bilatéral. Entre 2010 et 2025, environ 2 523 milliards de FCFA ont été contractés auprès de l’EximBank of China, sous forme de prêts semi concessionnels et de financements commerciaux.
Parallèlement, le recours aux créanciers commerciaux s’est intensifié, notamment entre 2017 et 2024, afin de compléter le financement des grands projets. Au fil des années, l’endettement destiné aux infrastructures a ainsi changé de profil. Plus onéreux, plus exposé aux chocs financiers et caractérisé par des échéances plus courtes, il constitue désormais l’un des principaux déterminants de la contrainte budgétaire de l’État camerounais.
