prometal

Production du fonio en Afrique : des perspectives intéressantes pour conquérir le marché européen

Le fonio est certainement la plus ancienne céréale cultivée en Afrique de l’Ouest. Malgré de bonnes qualités nutritionnelles, sa valorisation a longtemps été freinée par la pénibilité de sa transformation artisanale. Des recherches récentes ont permis de mécaniser plusieurs étapes de sa transformation pour mieux le valoriser.

6 Min Lecture

Suivez-nous sur nos chaînes   chaîne Telegram Invest-Time chaîne WhatsApp Invest-Time chaîne TikTok Invest-Time

Originaire de l’Afrique de l’Ouest, le fonio est considéré comme la céréale la plus ancienne cultivée sur le continent africain. Cette céréale a une aire de culture qui s’étend du Sénégal au Lac Tchad ; on le rencontre notamment au Mali, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Sénégal, au Niger, au Bénin, au Togo et en Guinée- Bissau (où il constitue l’une des bases de l’alimentation des populations dans les régions montagneuses du Fouta Djalon). Selon les statistiques du FAO en 2012, la production du fonio avoisinait 600 000 tonnes, ce qui constituerait une opportunité d’assurer l’alimentation de plusieurs millions d’êtres humains durant les mois les plus difficiles du point de vue des ressources alimentaires.
De nos jours, les quantités produites restent modestes.

Il est utilisé dans l’alimentation humaine. Le fonio entre dans la préparation de nombreuses recettes traditionnelles africaines comme le couscous, la bouillie, les boulettes, les beignets et même le pain. Sa valeur nutritionnelle est à comparer à celle du riz. Elle présente le gros avantage de se contenter de sols pauvres pour pousser. En plus de cela, le fonio présente une particularité remarquable car sa culture n’exige que très peu d’eau dans une région sahélienne. En effet, le fonio pousse sous climat tropical, à saison sèche bien marquée, avec des températures moyennes de 25 à 30°C et une pluviométrie annuelle de 600 à 1 200 mm. Longtemps considéré comme une céréale mineure, le fonio (appelé aussi « céréale du pauvre ») connaît aujourd’hui un regain d’intérêt en zone urbaine en raison des qualités gustatives et nutritionnelles que lui reconnaissent les consommateurs.

Développer la filière à travers la recherche

Traditionnellement consommé blanc, comme le riz, le fonio doit d’abord être décortiqué pour éliminer les enveloppes externes puis blanchi pour éliminer le son. Ces opérations de décorticage et de blanchiment sont réalisées traditionnellement par les femmes au moyen de mortiers et de pilons.

Face à une demande de plus en plus élevée, il a été indispensable d’améliorer les techniques de transformation en modernisant les rares équipements existants et en concevant de nouvelles machines. Des progrès ont pu être réalisés dans le cadre de projets d’amélioration des technologies post-récolte du fonio coordonnés par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et financés par le Common Fund for Commodities puis par l’Union européenne. Les études techniques réalisées en collaboration avec différents instituts nationaux de recherche (Irag en Guinée, IER au Mali, Irsat au Burkina Faso, etc.) et des opérateurs locaux ont abouti à l’adaptation d’une batteuse et à la conception de plusieurs équipements de nettoyage (canal de vannage, cribles rotatifs) mais surtout à la mise au point d’un décortiqueur-blanchisseur d’une capacité supérieure à 100 kg/heure. Cet équipement a été nommé décortiqueur GMBF pour « Guinée, Mali, Burkina, France » afin de rappeler la collaboration des différents instituts de recherche qui ont participé à sa création.

L’envol de la transformation mécanisée

Aujourd’hui, au Mali, au Burkina Faso, au Sénégal ou en Guinée, plusieurs dizaines de petites entreprises ou des groupements féminins commercialisent du fonio déjà transformé et conditionné en sachets plastiques de 1 kg (ou plus rarement de 500 g). Une large gamme de produits du fonio est proposée notamment : le fonio précuit, le fonio blanchi, le fonio grillé, le fonio « djouka » ou fonio à l’arachide, essentiellement vendu au Mali, la farine de fonio, le couscous « moni » et « dégué » ou produits roulés à base de farine de fonio, et le fonio étuvé, un produit nouveau, encore rare, souvent réservé à l’exportation.

Ces différents produits sont surtout vendus dans les boutiques de quartier ou les supermarchés des grandes villes d’Afrique de l’Ouest. Le fonio précuit lui est le plus consommé et est principalement exporté en Europe ou aux États-Unis pour être vendu sur des marchés de niche.

Une enquête du CIRAD en 2007 montre que le prix du fonio dépend surtout du niveau de transformation. Il existe peu de données récentes sur les prix, mais cette enquête fournit quelques indications sur les prix au Mali. Le prix le plus bas enregistré était de 425,77 USD (soit 239 424 Fcfa)par tonne pour le fonio décortiqué et le plus élevé était de 1 796,42 USD (1 010 173 Fcfa)par tonne pour le fonio précuit. La plateforme commerciale Selina Wamucii calcule un prix à la production pour 1 kg de fonio au Mali, emballé et prêt à l’exportation, d’environ 0,86 USD (484 Fcfa).

Selon certains experts, le fonio pourrait se faire une place dans le marché européen (où il a obtenu une approbation réglementaire pour être commercialisé comme nouvel aliment, notamment grâce au règlement UE 2018/2016) en concurrence avec d’autres céréales nutritives et sans gluten, comme le quinoa, l’amarante et le teff. D’après ces experts il faut pour cela organiser les agriculteurs, disposer d’installations de transformation de qualité et veiller à ce que la gestion de la sécurité alimentaire soit en place.

Pour en savoir plus...