L’Exploitation minière artisanale à petite échelle (Emape) a progressé en Côte d’Ivoire. Sa production d’or est passée de 392 kg en 2022 à 730 kg en 2024, selon Mamadou Sangfowa Coulibaly, ministre des Mines, du Pétrole et de l’Energie. Malgré cette croissance, elle ne représente que 1,2% de la production aurifère nationale. Un chiffre jugé faible comparé à la contribution de cette industrie artisanale dans les pays voisins : Mali (10,34%), Burkina Faso (15,17%) et Ghana (35%).
De nombreuses mesures sont prises par le gouvernement ivoirien pour relever le niveau de l’Emape dans le pays. La dernière initiative en date, un atelier sur la petite mine placé sous le thème « Quelle contribution de la petite mine au développement du secteur minier en Côte d’Ivoire ? ». Cet événement a placé l’Emape au cœur d’une réflexion stratégique visant à passer d’une exploitation informelle, marginalisée, à une petite mine organisée et intégrée aux chaînes de valeurs de l’industrie minière ivoirienne. L’initiative s’inscrit dans la volonté de l’Etat ivoirien de faire de son secteur minier, un pilier stratégique du développement national.
Pour soutenir cette ambition, le ministre ivoirien en charge des Mines a annoncé, au cours de cette rencontre, la création d’une usine de raffinage d’or, d’ici fin 2025. L’objectif étant d’augmenter la contribution de ce secteur au développement de l’industrie minière en Côte d’Ivoire.
Vers un modèle de régulation ivoirien
L’ambition de l’atelier organisé en Côte d’Ivoire est clairement affichée : faire de la petite mine, un levier du développement économique du pays. Ce changement de cap passe par une réforme du secteur. Une problématique d’ailleurs au cœur de la rencontre d’avril 2025 à Abidjan. Entre identification des obstacles à la formalisation de la petite mine, réformes fiscales adaptées et intégration des communautés locales, entre autres, les objectifs de l’atelier sur la petite mine en Côte d’Ivoire sont nombreux.
Cet événement s’est posé donc comme une base pour un modèle ivoirien de régulation de la petite mine. Selon Energia Africa, la Côte d’Ivoire allie croissance économique et durabilité, en accordant une place plus importante à la petite mine dans l’écosystème minier du pays. De telles initiatives reflètent un engagement pour l’inclusion de l’exploitation minière artisanale à petite échelle dans la chaîne de valeur minière, dominée par les grands groupes industriels.
L’exemple ghanéen
Le modèle de régulation du Ghana du secteur de la mine à petite échelle apparaît comme un modèle sur lequel Abidjan peut s’inspirer. En effet, le gouvernement ghanéen a créé, le 2 avril 2025, le Gold Board. L’institution est la seule accréditée comme régulateur du segment artisanal de l’exploitation aurifère dans le pays. Cette mesure est entrée en vigueur, le 1er mai 2025. Le modèle ghanéen du GoldBod démontre à suffisance qu’une régulation centralisée peut transformer l’or artisanal en levier économique.
Le contrôle exercé par le Ghana sur l’ensemble de la chaîne de production artisanale tient ses promesses. Ce qui lui permet de renforcer la contribution de sa petite mine (35%) à la production nationale, tout en réduisant les flux illicites.
En 2022, la Côte d’Ivoire occupait le 7e rang des producteurs d’or en Afrique. La même année, l’exploitation minière artisanale non déclarée représentait quatre tonnes, contre 48 tonnes pour la production industrielle, selon Coginta, une organisation à but non lucratif basée en Suisse, spécialisée dans la gouvernance judiciaire et sécuritaire, la prévention des conflits et la cohésion sociale. C’est dire que, jusqu’à quatre tonnes sont extraites de manière illicite en Côte d’Ivoire par an. Des chiffres confirmés par le rapport Swissaid publié en 2024, intitulé « sur la piste de l’or africain : quantifier la production et le commerce afin de lutter contre les flux illicites ».
Un déficit de 20 milliards de dollars US en Afrique
En Côte d’Ivoire comme dans bon nombre de pays en Afrique, l’or extrait de façon artisanale est dominé par l’informalité. Dans son rapport intitulé « étude sur les risques et opportunités liés à la gestion de l’orpaillage illégal dans le Nord de la côte d’ivoire », USAID estime qu’environ 446 tonnes d’or (Emape) africain font l’objet d’un trafic annuel vers Dubaï aux Émirats Arabes Unis. Ce qui représente un déficit de plus de 20 milliards de dollars US.
L’urgence d’organiser ce secteur se fait donc ressentir dans un pays où la diversification d’une économie jusqu’ici essentiellement basée sur l’agriculture s’impose comme une nécessité. Un cadre juridique inspiré du GoldBod ghanéen par exemple et adapté au contexte ivoirien, apparaît comme la solution adéquate pour ce pays qui risque de voir sa petite mine rester une source de vulnérabilité, plutôt qu’un pilier de développement. Maîtrisée, l’Emape pourrait atteindre une capacité de 7,3 tonnes par an pour une contribution de 12% du PIB minier, d’ici 2030, selon 360 Afrique.
