Budget 2025/2026 du Kenya : relance économique et stabilisation fiscale au coeur des priorités

Le 12 juin 2025, devant l’Assemblée nationale à Nairobi, le secrétaire du Cabinet chargé du Trésor national, John Mbadi, a dévoilé le budget du Kenya pour l’exercice 2025/2026. Avec une enveloppe de 4.200 milliards de shillings (32,5 milliards de dollars), ce plan budgétaire repose sur un équilibre fragile.

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Confronté à un ralentissement économique et à une contestation sociale persistante, le gouvernement kényan a présenté un budget de 32,5 milliards de dollars. Ce budget vise à maintenir la croissance, contenir l’endettement et éviter les tensions sociales en excluant toute nouvelle hausse d’impôts. L’économie kényane, bien que globalement résiliente, a ralenti en 2024, enregistrant une croissance de 4,7 %, contre 5,7 % l’année précédente. Cette baisse est attribuée principalement aux inondations survenues au deuxième trimestre ainsi qu’aux manifestations liées au projet de loi de finances, qui ont perturbé l’activité économique au troisième trimestre.

 Malgré ces revers, la croissance moyenne cumulée sur 2023 et 2024 reste supérieure à celle de l’Afrique subsaharienne et à la moyenne mondiale, avec un taux de 5,2 % contre respectivement 3,8 % et 3,3 %. Le gouvernement table sur une croissance de 5,3 % en 2025 et 2026, misant sur un environnement macroéconomique stable. Le déficit budgétaire est prévu à 4,8 % du PIB, en baisse par rapport aux 5,7 % estimés pour 2024/2025. Ce déficit devrait être comblé par des emprunts extérieurs à hauteur de 2,22 milliards de dollars et des financements domestiques pour le solde.

Pour financer ce budget, l’État ambitionne de générer 25,6 milliards de dollars de recettes, dont 20,8 milliards proviendraient des recettes fiscales. Ces ressources représenteraient 17,2 % du PIB, un ratio qui illustre les efforts engagés pour mobiliser davantage de recettes sans recourir à de nouvelles taxes. Il faut noter que le contexte social a pesé lourd dans la formulation de cette loi de finances. En 2024, les hausses fiscales ont provoqué une vive contestation, menant à des manifestations violentes et à une répression sévère.

Pour éviter un scénario similaire, le budget 2025/2026 n’introduit aucune nouvelle taxe directe. Le gouvernement privilégie une stratégie d’élargissement de l’assiette fiscale et d’amélioration de la conformité, tout en réduisant les dépenses non essentielles. Cette approche vise également à répondre à l’urgence de la situation sociale, aggravée récemment par la mort d’un blogueur politique en détention, événement qui a ravivé les tensions dans la capitale, alors même que le budget était présenté au Parlement.

Contenir la progression de la dette

L’endettement public reste l’un des principaux défis. Avec un ratio dette/PIB de près de 67 %, bien supérieur au seuil de soutenabilité de 55 %, le gouvernement cherche à contenir la progression de la dette. La politique budgétaire s’oriente vers une consolidation progressive, avec une réduction du déficit combinée à une rationalisation des dépenses. Plusieurs secteurs prioritaires sont mis en avant dans ce budget. La santé figure en tête, à travers la poursuite du Programme de couverture maladie universelle.

Le numérique constitue un autre axe stratégique, avec des investissements destinés à renforcer la connectivité et soutenir les industries créatives, dans l’objectif de dynamiser les activités économiques. L’élaboration de ce budget a également été précédée de consultations publiques, dans une volonté affichée de rétablir la confiance des citoyens envers les institutions financières du pays. Cette démarche vise à désamorcer les tensions nées des décisions unilatérales prises par le passé, perçues comme déconnectées des réalités sociales.

Si le projet budgétaire affiche des intentions claires en matière de rigueur et de responsabilité, sa mise en œuvre reste une source d’inquiétude. Selon des analystes économiques, les difficultés historiques du pays à respecter ses prévisions budgétaires suscitent des doutes sur l’efficacité réelle des mesures annoncées. Les révisions budgétaires en cours d’exercice, souvent nécessaires, participent à la perte de crédibilité des engagements gouvernementaux.

Le recours au marché pour refinancer les dettes à court terme s’est accentué. Le Kenya a rejoint, en février, un groupe de pays africains qui émettent de nouveaux emprunts pour assurer le remboursement d’anciennes dettes. Cette démarche vise à éviter les défauts de paiement et à préserver les dépenses sociales essentielles, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Un nouveau programme du FMI

Le pays est actuellement en négociation avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un nouveau programme d’assistance, après avoir mis fin prématurément au précédent. « Cette année, les enjeux sont plus importants : le gouvernement doit faire preuve d’une plus grande discipline budgétaire pour étayer ses arguments en faveur d’un nouveau programme du FMI, tout en gérant le sentiment public pour éviter les troubles sociaux », a déclaré Smit-Lengton chez nos confrères de Reuters. …

Une partie des observateurs estime toutefois que certaines mesures contenues dans le budget s’apparentent à des hausses d’impôts indirects, plus difficiles à identifier pour les contribuables mais dont les effets sont sensibles au quotidien. Certains dénoncent également l’autorisation donnée à l’administration fiscale de surveiller les comptes bancaires et les transactions mobiles, perçue comme une atteinte à la vie privée.

L’administration défend ces dispositifs comme nécessaires à l’amélioration de la collecte des recettes, condition essentielle pour faire fonctionner les services publics. Pour les spécialistes fiscaux, comme John Kuria de Kody Africa, cette orientation pourrait accroître les recettes tout en limitant les tensions sociales, à condition que la gestion des dépenses soit maîtrisée et transparente.

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